La forêt de Wellin n’est plus durable
Wellin, une petite forêt de Wallonie, perd la certification PEFC. Du coup, c’est tout le débat sur l’équilibre forêt-gibier qui refait surface.
C’est une première, en Wallonie : Wellin, en province de Luxembourg, a perdu la certification PEFC de ses forêts communales. Plus de deux mille hectares sont touchés. La mesure de suspension porte sur un an. Elle a été décidée lundi, par le comité des plaintes de cette organisation non-gouvernementale et environnementale. Fini, d’estampiller le bois vendu avec ce label de gestion durable !
La commune avait déjà reçu un double avertissement, en 2006 et 2009. Des audits négatifs ont mis en évidence une trop grande densité de gibier. Résultat : le comité constate un déséquilibre entre les différentes fonctions de la forêt. Les bois de Wellin ne répondent plus aux critères de la certification PEFC.
Pour récupérer le label – lequel couvre 96 % de la forêt wallonne – les autorités locales doivent adopter un plan concret. Un des axes vise à diminuer de manière drastique la population de gibier.
« Nous allons agir et réunir toutes les parties concernées », indique le bourgmestre, Robert Dermience (MR), qui n’apprécie pas trop cette image de mauvais élève. « Nous avons fourni des efforts, et on a parfois cité des chiffres farfelus dans ce dossier. On ne maîtrise pas tous les paramètres, comme les plans de tir des chasseurs, par exemple. »
Le bois représente une des mamelles du budget local, à l’image d’ailleurs de nombreuses communes au sud du sillon Sambre-et-Meuse. En 2010, une somme de 500.000 euros a été inscrite en recettes… Qui achètera encore ces mètres cubes, si on ne les garantit plus « PEFC » ? Il est malaisé de chiffrer les répercussions. Robert Dermience ne se montre pas inquiet : « En octobre, une première vente a eu lieu et nous avions déjà retiré le label. Le résultat n’a pas été moins bon pour autant », assure-t-il.
Certains s’engouffrent déjà dans la porte ouverte par la délibération du comité de l’organisation. « La sanction marque l’emprise des chasseurs sur la forêt wallonne », commente la Fédération Inter-Environnement Wallonie. Le cas de Wellin ne serait pas isolé : « Le déséquilibre au profit de l’activité cynégétique est fréquent en Région wallonne ». Elle appelle dès aujourd’hui le ministre compétent, Benoît Lutgen (CDH), à réviser en profondeur la législation sur la chasse, qui date de 1994.
réactions
Que pensent les scieurs ?
« Notre entreprise est certifiée PEFC. Nous scions uniquement des résineux. Le label est actuellement demandé sur de nombreux marchés européens », réagit David Fruytier, responsable de la scierie Frutyier (Marche), un des leaders européens du secteur. Aujourd’hui, notre approvisionnement provient à 45 % de forêts certifiées PEFC. Cela ne demande pas d’énormes contraintes pour nous, mais on constate de plus en plus que nos clients en réclament. Nous livrons de grandes enseignes en France, dans le secteur du bricolage, qui ne veulent plus que ça. Le consommateur y est sensible et tous les maillons de la filière s’adaptent progressivement. C’est un engagement moral, une philosophie. Je pense qu’à l’avenir, on ira de plus en plus vers cette labellisation. »
et les chasseurs ?
« Les chasseurs ne peuvent être que favorables à une régulation de la densité de gibier là où cela s’impose », estime Benoît Petit, président du Royal Saint-Hubert Club (le « syndicat » de la corporation). « Par contre, je suis choqué quand je prends connaissance de la volonté de supprimer le nourrissage du gibier. Ces déclarations sont indécentes à la sortie d’un hiver comme celui-ci. Prôner la famine pour les animaux est immoral ! La régulation se fera par la chasse, pas en affamant le gibier ».
DRUEZ,NICOLAS; BURGRAFF,ERIC
Publié dans Le Soir du jeudi 4 mars 2010
|