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Réflexion sur la disparition du petit gibier

Préface.

La disparition du petit gibier en Belgique est un problème pour tous les chasseurs et amoureux de la nature. C’est un problème écologique qui n’est pas sans conséquence sur le reste de la faune.

J’ai essayé comme agriculteur chasseur et par conséquent, amoureux de la nature, d’écrire mes observations constatées lors de mes travaux ; ce que j’ai vu comme changement depuis 60 ans, l’évolution de l’agriculture et les conséquences pour la chasse et la nature en général.

Ceci n’est pas un ouvrage scientifique, mais un avis personnel, une réflexion succincte sur l’évolution de la nature mais qui montre bien, suivant mon avis, la disparition du petit gibier. 

 

Histoire.

La longue histoire de l’homme et du monde animal s’est faite par une évolution et une adaptation constante, par la disparition de certaines espèces qui en a favorisé d’autres. Nous vivons aujourd’hui un tournant très important dans cette évolution, la seule différence est qu’avant, la disparition des espèces se faisait par les éléments naturels, aujourd’hui elle se fait par l’homme.
L’homme intervient par sa démographie croissante, mais surtout par son fonctionnement avec ses détritus de toutes sortes, ménager, chimique, nucléaire, et par les carburants fossiles qui réchauffent l’atmosphère. Un tiers du monde a un standard de vie élevé et consomme la grosse partie des ressources du monde avec toutes ses conséquences. Qu’adviendra-t-il le jour ou les deux autres tiers feront le même gaspillage ! 

Dans la préhistoire les dinosaures et quelques autres espèces peuplaient la terre, puis vint le temps des mammifères avec les mammouths, les grands cerfs et une multitude d’autres espèces. Tous ces animaux vivaient en grand nombre et un équilibre naturel se faisait entre les prédateurs et leurs proies.

Ces espèces se sont éteintes pour des raisons diverses et suivant les théories les plus vraisemblables, les causes de ces accidents seraient dues, soit à un changement de climat important, un bouleversement géologique, des éruptions volcaniques gigantesques, l’impact d’une météorite ou les maladies.
Tout cela sur des milliers d’années. Une évolution normale et cyclique au gré des circonstances.

A l’époque des mammifères quand les hommes sont apparus, ils jouaient un rôle de prédateur. Très peu nombreux, ils ne pouvaient mettre en danger l’existence d’une espèce.

L’industrialisation a commencé au début du dix-neuvième siècle avec l’ère du charbon elle a fait changer une situation figée depuis toujours. La nature jusqu'à cette date était restée originelle, et n’avait reçu aucune agression quelle qu’elle soit. Tout se passait naturellement ; le travail se faisait uniquement à la main et les agriculteurs travaillaient extensivement.

Le vingtième siècle qui représente une toute petite fraction de temps dans la longue histoire de l’humanité, a été le siècle de tous les changements et il nous a propulsés d’une situation moyenâgeuse au niveau de l’agriculture à une mécanisation impressionnante. Le siècle le plus extraordinaire dans la technologie que le monde ait connu. A cause de l’augmentation de la population du globe qui a quintuplé depuis le début du siècle et qui doublera encore en cinquante ans, la mécanisation et par conséquent l’industrialisation s’est adaptée pour produire plus et plus rapidement.

Nous sommes maintenant dans l’ère de l’électronique, des manipulations génétiques, nous avons connu une chimie agressive avec les produits phytos, les herbicides, les insecticides, et les fongicides, nous essayons maintenant d’avoir une chimie beaucoup plus respectueuse de l’environnement même s’il y a encore beaucoup de chemin à faire.

 

Le vingtième siècle.

Le travail en agriculture.

Au début du vingtième siècle, le travail en agriculture commençait seulement à évoluer et la technique était très favorable au petit gibier.

Dans les prairies on ne mettait que des engrais de base, acide phosphorique et potasse en petites quantités, ce qui gardait un équilibre dans le sol mais n’augmentait pas énormément les rendements. La charge de bétail à l’hectare était faible, un «UGB » à l’hectare. Par conséquent, au mois de mai quand l’herbe poussait, le bétail n’avait pas le temps de raser les pousses et beaucoup de refus se formaient, le gibier était idéalement à l’abri.

La fauche des foins se faisait avec des machines à traction chevaline, quand elle ne se faisait pas à la faucille. La vitesse d’avancement du fauchage était de 3 km à l’heure maximum et le gibier avait le temps de s’échapper. De plus on laissait mûrir les foins jusqu’à la fin juin ou le début juillet, à ces dates les nichées étaient déjà bien développées.

Dans les cultures, on ne connaissait pas les produits phytos, les mauvaises herbes et les chardons étaient souvent plus nombreux que la denrée elle-même. Les engrais étaient épandus, avec parcimonie, dans ces conditions, les rendements ne dépassaient pas bien souvent les 1500 à 2500 kg hectare, cela permettait de nourrir les faisans avec les pâturins et toutes ces petites graminées ou dicotylées qui montaient vite en semences et qui formaient les sous cultures dans la denrée.
Les insectes foisonnaient également et pouvaient nourrir les perdreaux, les cailles, ils profitaient également aux oiseaux.

Dans les villages, les gens vivaient plus ou moins en circuit fermé presque toutes les maisons avaient leurs étables et leurs petites granges.
Pour nourrir une ou deux vaches, un cheval, un cochon et des poules, ils possédaient quelques petites parcelles. Dans l’ensemble les terres étaient fort morcelées et bordées de haies car les clôtures n’étaient pas fréquentes.
Tous ces éléments faisaient que le gibier pouvait passer l’hiver à l’abri des intempéries et des prédateurs.

Aujourd’hui, nous connaissons une agriculture intensive.
Dans les prairies, on épand jusqu’à 200 unités d’azote et plus dans certaines régions, ce qui impose une charge à l’ha très importante, (de 4 à 8 UGB à l’ha) et une fauche des refus pour avoir toujours une herbe jeune et riche. Dans ces prairies il n’y a plus de couvert du tout. Le nouveau règlement européen change ces pratiques en imposant des charges à l’ha beaucoup moins importantes.

La fauche des foins se fait début mai, à cette époque les jeunes nichées peuvent subir des dégâts importants. Il existe des barres d’envol qui laissent traîner des chaînes dans le foin lors de la fauche, mais ces techniques ne sont pas très efficaces et même si le gibier part, il laisse sa progéniture dans les foins.

Les cultivateurs sont obligés de laisser 10 % de leurs cultures en jachères. Cette pratique pourrait être très intéressante pour le gibier, malheureusement la loi impose de ne pas laisser monter les herbes en semences, ils doivent faucher avant cet état. On rate ici une bonne occasion de garder des couverts pour le gibier.

Les tournières sont des bandes de terre d’une 20aine de mètres de large qu’on laisse le long des bois. Elles ont un but plus écologique. On ne peut pas les faucher avant le début juillet. Dans les régions défavorisées elles ne peuvent pas être fauchées avant le 15 juillet.

Dans les cultures, on arrive dans les bonnes terres à des rendements de 10000 kg à l’ha avec les techniques actuelles. Pour arriver à ce niveau, il faut une très bonne pratique de culture qui impose d’utiliser des herbicides, fongicides et insecticides. En dessous de ces cultures, il n’y a plus aucune mauvaise herbe pour laisser de la nourriture aux gibiers.

Le matériel est devenu impressionnant et il travaille à une vitesse élevée il ne permet plus au gibier de pouvoir s’échapper. Le travail de nuit tue systématiquement le gibier qui est blotti dans les denrées.
Nous sommes passés de petites parcelles bordées de haies à des surfaces importantes en monoculture intensive.

 

Situation du gibier.

Il existait avant les années 50 une multitude d’espèces de gibiers et leurs nombre était considérable.
On retrouvait dans les espèces les plus courantes, le lapin, le lièvre, le faisan, la perdrix, les cailles qui formaient le gibier de base. Il y avait tous les oiseaux migrateurs, bécasse, bécassine, bécasseaux, toutes les grives, ramiers, tous les gibiers d’eau, et même, dans des régions spécifiques les petits et grands tétras.

Les tableaux de chasse étaient souvent très bien fournis, le chasseur pouvait tirer beaucoup de gibiers sans trop endommager sa chasse.

On chassait le petit gibier partout en Belgique, c’était la pratique principale des chasseurs. Le gros gibier était cantonné dans les grands bois de Wallonie et on pouvait le tirer à plomb.

Aujourd’hui la chasse au petit gibier a totalement disparu en Ardenne et en Famenne. Dans les autres régions elle subsiste à l’état larvaire pour ce qui est du gibier naturel. Les chasses sont presque toutes approvisionnées par du gibier d’élevage.

 

Les débuts et les causes de la disparition du petit gibier.

Le lapin.

Le lapin était une plaie pour les agriculteurs et provoquait des dégâts considérables. Certaines fermes un peu isolées entourées de bois n’étaient même plus rentables et certains fermiers ont été ruinés à cause de ces dégâts. Pour résoudre ce problème, on a eu l’idée d’importer une maladie pour éradiquer le lapin.
En 52 on leur a inoculé le virus de la myxomatose, en quelques années le lapin a disparu de la plupart des régions. Il refait parfois une apparition pendant 1 an ou 2 et puis la maladie reprend le dessus.
Certains endroits comme les abords des autoroutes gardent une population +/- constante, une théorie veut que se soit la puce qui serait le vecteur de cette maladie et elle serait moins active à cause des gaz d’échappement.

La disparition du lapin a été pour le petit gibier la catastrophe écologique du 20ième siècle car il formait, à cause de sa grande productivité, le garde manger des mordants et empêchait une trop grande pression sur les autres espèces.

Quand le lapin a disparu la pression des mordants sur les autres espèces a été trop forte car ils n’avaient pas une capacité de reproduction suffisante. Arrivé à une réduction trop importante, l’équilibre très fragile entre les gibiers et les prédateurs a été rompu et le point de non retour a été atteint.

Ceci est une des causes de leurs disparition, la mécanisation, les pulvérisations, la disparition des couverts, les élevages de gibiers, les chasseurs, les voitures, les chiens et les chats, ont accéléré le processus.

Le chasseur n’est pas sans reproche dans ce contexte, il n’a pas eu une politique de restriction suffisamment tôt, la mentalité était de puiser dans ce tonneau des Danaïdes et prélever un peu sans compter puisque ce système avait toujours existé.

Un autre aspect de la chasse qui a empêché la gestion du petit gibier était que la surface chassable n’était pas réglementée et par conséquent on pouvait pratiquer son art sur 1 ou 2 ha. Sur d’aussi petits territoires la gestion n’était pas possible.

 

Le lièvre.

Le lièvre reste le seul gibier sauvage qui survit plus ou moins bien sur des surfaces bien gérées et suffisamment grandes pour garder une concentration raisonnable et éviter une trop grande diffusion sur des territoires voisins.
Il a beaucoup disparu de nos campagnes pour cause de maladie mais avec une politique de restriction et beaucoup de courage de la part des chasseurs, certains territoires sont encore fort agréables.

 

Le faisan et perdreau.

Le faisan naturel a disparu presque complètement sur nos chasses. Il survit surtout par la remise de gibiers d’élevage, ces pratiques ont malheureusement accéléré leur perte, car le faisan d’élevage n’a pas le même comportement que le faisan sauvage et les maladies ont contaminé les populations en place.
Le cas du perdreau est fort similaire à celui du faisan et ils soufrent tous deux d’une monoculture intensive, d’un manque de couvert dans les plaines et de la remise du gibier d’élevages.

 

Les autres changements.

A part la myxomatose qui a été l’élément déterminant dans le fragile équilibre de la nature et par conséquent la disparition à long terme du petit gibier, d’autres éléments se sont ajoutés pour accélérer le processus.

 

Les phytos.

L’agriculteur a bien souvent mauvaise presse à cause des phytos, cependant c’est le passage obligé pour avoir une rentabilité dans les cultures.

Il est un fait que la toxicité de tous ces produits n’arrange pas les choses, l’ancienne génération de produits était très toxique parce qu’ils tuaient les mauvaises herbes par contact, et les insecticides étaient du poison. Tous ces produits dangereux ou ceux qui avaient une trop longue rémanence, ont dans la mesure du possible été retirés.

Aujourd’hui on emploie des antigerminatifs que l’on épand à des quantités de 50 grammes à ha pour les dicotylées. Le rondup comme herbicide total n’est pas du tout toxique et la nouvelle génération d’insecticide est un pyrèthroïde dérivé du chrysanthème il a un effet répulsif pour les abeilles

Reste cependant le CCC ( raccourcisseur en denrée) les défanants, les insecticides ( témique, curater Gaucho).Il y a des améliorations, mais le chemin est encore long.

Les produits phytos touchent également les batraciens, les hérissons et les petits oiseaux qui sont des prédateurs pour les insectes, sans eux la population d’insectes n’est pas bien régulée, ce qui oblige de traiter à l’insecticide. Nous sommes entraînés ici dans un circuit fermé.

On accuse les phytos de tous les maux cependant on peut constater que le petit gibier a commencé à disparaître en Ardenne ou en général il n’y a que des bois et des herbages et ou par conséquent il n’y a pas de pulvérisations.
Par contre en Hesbaye, où tout est pulvérisé, il y en a encore. Ce serait presque une preuve que les mordants sont la cause de la disparition des gibiers.

 

Les prédateurs.

Le problème du prédateur est une des clefs de la survie de nos gibiers . Les intérêts des chasseurs sont antinomiques au désir de l’écologie ambiante qui désire supprimer la chasse. Les écologistes considèrent que ce sont les prédateurs qui doivent réguler le gibier.

Les chasses dans les années 50 avaient beaucoup de gibiers et elles étaient très sévèrement gardées, tous les mordants sans exceptions étaient éliminés.
Aujourd’hui le mordant est en augmentation et le petit gibier a disparu.

Un autre problème est en train de se produire. Les prédateurs, en forte augmentation s’attaquent aussi aux oiseaux dont la population est en nette diminution même en ville et les hirondelles sont presque en extinction. La population des petits rongeurs est en diminution également, il n’est pas agréable d’être envahi par ces bestioles, mais elles sont dans la chaîne alimentaire de nos prédateurs un révélateur de la bonne santé de la nature.

Comme prédateurs il y a également les chats qui se baladent dans les champs et les chiens que l’on ne tient pas en laisse lors des promenades. Ils sont un problème au niveau de la prédation mais aussi ils diminuent la liberté des gens en les contraignant à surveiller leurs animaux. La contrainte est mauvaise conseillère et provoque des mentalités « anti chasse ».

 

Les voitures et le matériel agricole.

Les voitures et le matériel agricole font disparaître également beaucoup de gibiers. C’est un élément en plus pour la disparition du gibier.

 

Conclusions.

Le bouleversement écologique que nous subissons, a commencé il y a environ 150 ans, nous avons établi un mode de vie basé sur les énergies fossiles et sur la société de consommation. Il est difficile de réagir rapidement et de changer tout le système car il n’y a pas d’autres alternatives.
Dans ces conditions les Etats ont pris conscience du danger qui nous menace et veulent imposer une diminution de la consommation d’énergie et une diminution des pollutions.

La prise de conscience est née avec le parti écologique qui a essayé tant bien que mal de trouver des solutions, il s’est formé principalement et a trouvé ses voies dans les grandes villes ou les gens sont en manque de nature et confondent bien souvent l’écologie avec l’amour qu’ils portent a leurs animaux de compagnies.
Il est devenu assez courant que les gens léguent leurs biens aux sociétés protectrices des animaux et enrichissent ces ASBL.
Il serait plus logique et moins choquant de faire comme nos aïeux, donner ces biens pour aider les CPAS, la recherche ou les sociétés caritatives.
Mais quand on humanise ses animaux de compagnie et qu’on les fait passer avant l’homme, c’est que la société a un problème. Restons logiques, aimons nos animaux et faisons leur beaucoup de bien et que tout le monde garde sa place.
Heureusement la grosse majorité des gens ont une approche plus logique.

Comment expliquer et justifier la chasse à ces intégristes et leur dire que nous prélevons du gibier parce qu’un moment donné il y en a trop.
Dans le cadre de la chasse et sous la pression écologique, la politique a imposé une protection de tous les mordants, sauf le renard, et sanctionne les contrevenants par des amendes très sévères.

La disparition du petit gibier a faussé l’équilibre très fragile entre le mordant et le gibier, elle nous entraîne maintenant vers la disparition des oiseaux. La politique du laisse faire la nature est dépassée. Veut-on sauver les gibiers et les oiseaux ou veut-on sauver les mordants ! Cette politique n’est-elle pas plus tôt contre le chasseur avec son image élitiste et la chasse en général !

Il serait préférable d’avoir une réflexion scientifique, logique et sans a priori sur ce sujet, comprendre que laissez faire la nature est trop tard, que le chasseur est encore le seul prédateur pour les mordants, si on le laisse agir ! Nous ne voulons pas rester sur la terre rien qu’avec les corvidés, les mouettes et les cormorans.

Michel Beghuin

(ce texte n'engage que son auteur et nullement Chasse.Be)

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