Une partie du monde de la chasse ne pardonne pas à Carlo Di Antonio son arrêté nourrissage du grand gibier.

Ainsi, le député MR Gilles Mouyard (opposition) dit recevoir des coups de fil presque tous les jours… « Je ne me souviens pas avoir eu connaissance d’autant de dégâts dans les cultures», soupire-t-il. «Le mauvais arrêté nourrissage est la raison de tout ceci. C’est votre faute, soyons clairs à ce sujet», répète le député MR.

On s’en doute, Carlo Di Antonio n’a pas la même vision des choses. Ni les mêmes échos.

« Carnage en vue »

En octobre dernier, le ministre wallon de l’Agriculture, de la Nature et de la Ruralité (cdH) prenait des mesures pour maîtriser les populations de sangliers en pleine expansion.

D’une part, il élargissait les possibilités de chasse, d’autre part, il limitait le nourrissage dissuasif : fini le maïs, seuls l’orge, le froment, l’épeautre, le triticale et le seigle, en mélange avec du pois, sont encore autorisés.

Résultat, selon Gilles Mouyard : des dégâts plus importants que jamais dans les cultures, alors que la pression cynégétique a été plus importante. « Tout ça parce que les nouvelles normes de nourrissage ne suffisent plus à maintenir dans les forêts les sangliers, qui préfèrent aller dans les champs. Et quand le maïs sera sur pied, il faut s’attendre à un vrai carnage, une catastrophe sans précédent», prévient sombrement le député chasseur.

Ce sont les chasseurs qui prennent en charge les dégâts aux cultures. «Certains commencent, ici et là, à avoir des difficultés à payer, vu l’ampleur des dommages. Ou bien ils se retrouvent devant les tribunaux parce que ça ne se passe pas bien.»

Le ministre Carlo Di Antonio s’étonne : lui, il n’a reçu aucun courrier, aucun coup de fil l’alertant d’une amplification des dégâts depuis la mise en œuvre de son arrêté nourrissage.

Du côté des « points noirs »

Par contre, le ministre a des chiffres qui tendent à démontrer que les dégâts agricoles dus à la faune sauvage ont connu une sévère augmentation entre 2011 et 2012. Soit avant l’entrée en vigueur de son arrêté. « On est passé de 446 000 € en 2011 à 644 052 € en 2012. C’est la preuve que les populations de sangliers augmentent de façon importante. Et que le nourrissagene permettait pas de les contenir dans les forêts», avance-t-il.

Il a d’autres statistiques : 40 % des zones «points noirs» (là où se situent les plus grosses concentrations de sangliers) n’ont pas atteint les objectifs fixés cet hiver en terme d’abattage. «Si on applique strictement l’arrêté, ceux-là ne pourront plus du tout nourrir les sangliers », prévient-il à son tour. Le ministre annonce aussi des mesures supplémentaires pour permettre à ces territoires de chasse «points noirs» d’augmenter la pression cynégétique. « Peut-être trouveront-ils matière à réaliser ce qu’on attend d’eux...» conclut-il.

 

L'avenir - 10/06/13 - Pascale Serret

 

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